Hôpital Lodève, l’homme qui fait parler l’oreille du plésiosaure - Groupe CRP

Hôpital Lodève, l’homme qui fait parler l’oreille du plésiosaure

Conservé au musée de Millau, le squelette de ce reptile préhistorique vient de passer un scanner à Lodève.

Le plésiosaure de Tournemire, appelé aussi occitanosaurus tournemirensis dans la nomenclature paléontologique, fait son grand retour parmi nous, et, au regard de la période qu’il a choisie pour défrayer à nouveau la chronique, on pourrait presque parler de jurassique pâque… Découvert il y a quelque 30 ans dans le cirque de Tournemire où, disons à peine 200 millions d’années plus tôt, il devait clapoter dans un océan primitif du nom de Téthys, ce reptile marin long de quatre mètres parle encore à l’oreille des scientifiques. Ou, plus exactement, c’est son oreille interne qui leur parle et pourrait même en dire long sur la morphologie des animaux retournés à la vie aquatique.

Spécimen quasi unique… Depuis sa découverte en 1986 et les diverses analyses dont il a fait l’objet, le squelette complet et parfaitement fossilisé du plésiosaure repose au musée municipal de Millau. Voilà une semaine, sa boîte crânienne a, aux côtés du conservateur François Leyge et de Jacques Sciau, ‘l’inventeur’ de ce dinosaure aquatique, fait le voyage jusqu’à l’hôpital local de Lodève (34) afin d’y être scannée. Et ce, à l’initiative de Julien Benoît, spécialiste en paléontologie à l’université Montpellier 2.«C’est vraiment un très grand privilège et une occasion unique d’observer l’intérieur d’un crâne de plésiosaure », s’enthousiasme le chercheur. Sachant que la plupart des autres spécimens découverts dans le monde n’ont pu être aussi distinctement détachés de la gangue minérale qui les recouvrait et que les plaques sur lesquelles ils reposent pèsent plusieurs tonnes, ils sont difficiles à transporter, et a fortiori difficiles à passer dans un scanner hospitalier… Julien Benoît a pu compter sur la collaboration de Samuel Merigeaud, médecin radiologue à la clinique du Parc, de Montpellier, lequel intervient régulièrement au sein de l’établissement lodévois. Si celui-ci a déjà utilisé un scanner pour examiner des momies vieilles de 3 000 ans alors qu’il était interne à Besançon, il réserve généralement cet appareil pour des patients plus traditionnels, mais force est de constater avec lui que les techniques d’imagerie «utilisées pour étudier l’homme sont transposables aux autres domaines de la biologie ».

«Le scan va permettre d’éclairer sous un jour nouveau le mystère de ce grand reptile disparu et de tester le pouvoir prédictif de nos connaissances sur l’évolution de l’oreille interne des animaux retournés à la vie aquatique », insiste le paléontologue Montpelliérain. L’analyse des résultats va demander quelque temps, mais quand on travaille sur des matériaux exhumés du fond des âges, on n’est pas à une semaine près… En attendant, les amateurs de dinosaures et de préhistoire peuvent toujours voir l’occitanosaurus tournemirensis au musée municipal de Millau, place Foch, ou sa copie dans la vitrine récemment aménagée face à la mairie de Tournemire. Une autre façon d’aborder le jurassique parc des grands causses…

HUGUES CAYRADE, avec BLANDINE CASTANIER à Lodève

Source Midi Libre